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Forêt : sauver notre meilleure alliée face au climat

Sécheresses, incendies hors normes… La pression climatique sur la forêt s'accentue, décimant des massifs entiers, mettant à mal la biodiversité et les ressources en bois. Aujourd’hui se joue la survie d’un écosystème à la croisée d’enjeux multiples : écologiques, sociaux, économiques mais aussi climatiques. Car la forêt n’est pas seulement un puits de carbone irremplaçable. Elle aide les territoires à s’adapter au dérèglement climatique. À condition qu’elle-même parvienne à s’adapter.

+125 %

de mortalité des arbres en 10 ans, soit un arbre sur 20

(IGN Memento de l’inventaire forestier 2025)

Un tiers

de la forêt publique française en inconfort climatique en 2050

(ONF)

COMPRENDRE

La forêt française : de quoi parle-t-on ?

Des plaines aux zones montagneuses, de la Méditerranée aux Landes, la forêt couvre 41% du territoire français et 31% de l’Hexagone, ce qui en fait la 4e plus grande forêt d’Europe. Elle comprend 86 % de forêts se regénérant naturellement, contre 14 % de forêts plantées. Elle est aussi la plus diversifiée d'Europe, avec près de 190 essences d’arbres, 120 espèces d’oiseaux ou encore 30 000 espèces de champignons. Sans compter les territoires d’Outremer : la seule forêt guyanaise représente 13% de la biodiversité mondiale. 

Cette richesse est un atout pour la France qui a placé de longue date le rôle multifonctionnel des forêts au fondement de sa politique forestière. Car, en plus d’être un précieux réservoir de biodiversité, la forêt concentre de multiples activités (sport, cueillette, chasse…) et fournit le bois utile à la construction, à la fabrication d’objets (meubles, papier, charpentes, emballages...) et au chauffage. Une ressource durable et alternative aux énergies fossiles dont dépend aujourd’hui toute une filière, pourvoyeuse de 440 000 emplois directs.

La forêt n’est pas qu’un peuplement d’arbres ! 

Au sens biologique du terme, la forêt est un écosystème complexe, dans lequel une multitude de plantes, d’animaux, de champignons et de bactéries interagissent, eux-mêmes reliés aux sols.

Un puits de carbone essentiel, mais en net recul

Deuxième plus grand puits de carbone de la planète après les océans, la forêt est un levier majeur de la lutte contre le changement climatique. Mais ce levier est aujourd'hui fragilisé : sa capacité à absorber le CO2 a été divisée par deux en une décennie, passant de 63 à 39 millions de tonnes de CO2 par an (IGN, Inventaire forestier national, 2025). Elle ne compense plus que 9 % des émissions annuelles de CO2 du pays (Citepa). 

Au-delà du carbone, la forêt rend d'autres services clés : elle rafraîchit l'air par évapotranspiration des arbres. Elle régule le cycle de l'eau, en libérant de la vapeur dans l’atmosphère, en stockant et filtrant l’eau dans ses sols. La forêt freine aussi le ruissellement des pluies et protège littoraux et zones de montagne de l'érosion et des risques gravitaires (éboulements, avalanches…). Autant de fonctions essentielles aujourd’hui bouleversées par le changement climatique.

La forêt est en crise, ses arbres se dégradent alors qu’elle constitue le principal moyen de stocker le CO2 et l’arme la plus efficace et la moins coûteuse pour affronter le dérèglement climatique. 
Mission information sur l’adaptation au changement climatique de la politique forestière et la restauration des milieux forestiers, 2023

Première victime du changement climatique

Depuis 20 ans, sécheresses, bioagresseurs et incendies dégradent les forêts. La mortalité des arbres a augmenté de 125 % en dix ans (16,7 Mm³/an sur 2015-2023, contre 7,4 Mm³/an sur 2005-2013), et leur croissance a ralenti de 4 % sur la même période. 8% des arbres (193 millions) présentent des symptômes d'altération, avec un Nord-Est très impacté. Certaines essences sont particulièrement touchées : le frêne (26 %), le châtaignier (21 %), l'épicéa (11%) et le chêne pédonculé (10 %, scolytes) (source : Mémento IGN 2025).

Les forêts souffrent tout particulièrement des épisodes de sécheresse, qui se multiplient depuis 2018. En plus de ralentir la croissance des arbres, le manque d’eau les rend plus vulnérables aux attaques parasitaires. Dans l’Est de la France, les scolytes ont ainsi décimé le tiers des forêts d’Epicea entre 2018 et 2022. En outre, la sécheresse accentue le risque incendie : sur la seule année 2022, environ 60 000 hectares de forêts ont brûlé, c’est 3,5 fois plus que sur la décennie 2011-2021. Cet été 2026 s'annonce encore plus dévastateur. Enfin, les sécheresses mettent à mal la capacité des arbres à absorber le CO2. Pour survivre ceux-ci stoppent la photosynthèse trop gourmande en eau. Résultat, des forêts entières se retrouvent alors à émettre plus de CO2 qu’elles n’en capturent.  

Des outils existent pour évaluer la vulnérabilité des forêts sur son territoire: 
• BioClimSol (CNPF), diagnostic à la parcelle
• Climadiag Agriculture et Forêt (Météo-France), vulnérabilité par zone (8 km)
• Les forêts de mon territoire (Observatoire des forêts françaises), fiches et cartes par territoire.

 

Extrait du Memento de l'inventaire forestier/IGN 2025

Le risque incendie n'épargne plus aucune forêt française et dépasse la saison habituelle. Certains feux deviennent incontrôlables. 
Avec le réchauffement climatique, les parasites profilèrent et déciment les arbres (ici, des larves de scolytes).

Des écosystèmes forestiers pris de court

Les capacités d’adaptation des forêts sont connues. Encore leur faut-il du temps. La brutalité du changement climatique actuel est tout simplement incompatible avec leur mutation naturelle, qui se mesure en décennies, voire en siècles. Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature, la vitesse de migration nécessaire pour s’adapter au changement climatique serait de 1 à 7 km par an. Aujourd'hui, les chênes et les hêtres ont besoin de 500 ans pour migrer d'1 km. 

Des essences sont certes en train de migrer naturellement vers le nord et de s’installer plus en altitude pour bénéficier d’eau en quantité suffisante et de températures plus fraîches. D'autres comme le chêne sont en train de muter génétiquement. Mais ces évolutions sont trop lentes. D’ici 2050 : le tiers de la forêt publique pourrait basculer en inconfort climatique, selon l'ONF. Parallèlement, les incendies sont amenés à s’intensifier avec une période de risque étalée de juin à octobre et des feux hors norme touchant des surfaces plus étendues et plus proches des habitations. Sans compter la recrudescence d’événements extrêmes tels que les tempêtes ou les cyclones en Outremer.

AGIR

Comment sauver nos forêts ? En vérité, il n’existe aucune solution « clé en main » au regard des incertitudes climatiques, de la complexité des écosystèmes forestiers et des multiples intérêts que concentre ce milieu. Les gestionnaires des forêts sont face à des choix difficiles pour maintenir un équilibre écologique et économique. D’où l’importance d’adopter une démarche concertée, itérative, et fondamentalement à l’écoute des lois de la Nature.

Mobilisation générale pour un nécessaire changement de modèle

La survie des forêts est l’affaire de tous. Si l’État, dont relève la politique forestière, et les collectivités territoriales ont traditionnellement un rôle à jouer, une multitude d’acteurs sont concernés. Professionnels de la filière forêt-bois, scientifiques, institutions et ONG engagées sur le sujet, usagers mais aussi propriétaires privés qui détiennent aujourd’hui 75% des forêts de métropole. La recherche de solutions viables, implique une approche collective, doublée d’une sensibilisation au sens large.

En cela, les Assises de la forêt qui ont rassemblé en 2021- 2022 la quasi-totalité des acteurs de la filière forêt-bois, constituent une première. L’objectif : penser la forêt française de demain. Ces rencontres ont abouti à une feuille de route commune adoptée en 2023, autour de quatre piliers : soutenir la recherche, pérenniser les financements pour le renouvellement forestier, investir dans l’innovation de l’industrie bois et expérimenter une nouvelle gouvernance par le biais de territoires pilotes. La stratégie d’adaptation de la forêt est au centre de la mesure 38 du Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC3). En juillet 2025, un plan d'action pour la préservation des sols forestiers complète ce dispositif, fixant des objectifs mesurables à horizon 2030. 

En savoir plus: consulter les récentes politiques publiques de la forêt.

Premier impératif : sécuriser les forêts saines, leur sol et leur biodiversité

Une forêt résiliente est une forêt en bonne santé. Celles qui stockent le plus de carbone sont aussi les plus anciennes. La meilleure défense face aux effets du changement climatique consiste donc à préserver les forêts d’origine (« vieilles forêts ») ainsi que les arbres sains. Contre les incendies, via le débroussaillage et l’entretien des chemins forestiers. Mais aussi contre d’autres menaces, comme, l’expansion des populations d’ongulés (cerfs, chevreuils, sangliers), friands de jeunes pousses.

Protéger une forêt, c’est aussi protéger son sol et sa biodiversité. Plus un sol est riche en micro-organismes, plus la forêt sera résiliente et productive. Plus on y touche, plus on l’appauvrit. Limiter son tassement par les engins d’exploitation est donc essentiel pour garantir l’infiltration de l’eau nécessaire aux arbres. De même, conserver les bois morts, qui abritent 25% de la biodiversité forestière, permet au sol de se régénérer. 

Enfin, une forêt à la palette végétale variée résiste mieux aux sécheresses, comme le démontre cette étude associant le CNRS. Gérer de façon la plus naturelle possible la forêt est un élément clé de la bonne santé des écosystèmes forestiers. A l’heure actuelle, près de 70 % de la forêt est gérée selon les principes de la régénération naturelle : on laisse la forêt se reconstituer spontanément grâce à ses arbres semenciers, avec des interventions à la marge pour favoriser certaines espèces.

Gérer de façon la plus naturelle possible la forêt est un élément clé de la bonne santé des écosystèmes forestiers. A l’heure actuelle, près de 70 % de la forêt est gérée selon les principes de la régénération naturelle : on laisse la forêt se reconstituer spontanément grâce à ses arbres semenciers, avec des interventions à la marge pour favoriser certaines espèces. 

Diversifier les essences

Parce que la forêt manque de temps pour migrer et s’adapter, au regard des besoins humains, une intervention humaine semble nécessaire. Oui mais comment faire ? Aujourd’hui, nul ne peut prédire avec exactitude comment le climat évoluera ni quelles essences résisteront demain. Reste une vérité indiscutable : une forêt diversifiée sera toujours mieux armée contre les aléas climatiques. Les ravageurs, souvent spécifiques à une espèce, y font par nature moins de dégâts. Les incendies s’y propagent moins vite, contrairement aux mono-cultures, décimées par des incendies sans précédent ces dernières années.

Faire cohabiter des arbres d’âge, d’essence et de taille variés, introduire de la diversité là où elle fait défaut : ce principe guide désormais la politique de l’ONF. « Nous prônons le mélange d’essences en enrichissant les parcelles en régénération naturelle sur des zones à faible densité. Nous espérons qu’au moins une ou deux d’entre elles survivront à long terme. Il faut éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier », explique Erwin Ulrich, pilote national de l'adaptation des forêts au changement climatique à l'ONF. Autre pratique qui se développe : l’enrichissement des forêts monospécifiques.

Quelles essences planter ? Pour éclairer les choix des forestiers, l'application ClimEssences du réseau Aforce permet de visualiser l'incidence des modèles climatiques sur la probable répartition géographique d'un très grand nombre d'essences.

Exploiter le bois autrement, en respectant la nature

S'adapter au changement climatique impose une évolution du mode de sylviculture pour des raisons écologiques mais aussi économiques. "A cause du changement climatique, toutes les essences vont diminuer leur croissance, la production de bois a déjà commencé a diminué", constate Erwin Ulrich. « Plus le changement climatique va s’accentuer, plus les gestionnaires devront s'orienter vers des essences résilientes, capables de tenir dans le temps, plutôt que productives ». Le modèle de la monoculture (planter des arbres du même âge, de la même espèce, souvent du résineux) est à délaisser. De même, que la coupe rase, cette technique, qui consiste à abattre la totalité des arbres d'une même parcelle. Elle malmène le sol en mettant subitement à nu une forêt et en retournant la terre avec des engins lourds. Et elle accroît les températures. Elle est d'ailleurs interdite dans certains pays comme la Suisse.
 

Mieux vaut s'orienter vers une plus grande diversité des pratiques, fondées sur le mélange d'essences, pour créer une forêt « mosaïque » (cf. encadré ci-dessous) mêlant plusieurs modes de gestion : 
• futaie régulière : peuplement d'arbres issus de graines (et non de rejets de souches, comme le taillis), tous du même âge ; 
• futaie irrégulière : mélange d'âges et de tailles, offrant de nombreuses possibilités de gestion, dont la sylviculture mélangée à couvert continu, qui renouvelle la forêt sans jamais découvrir le sol ; 
• îlot de vieillissement : coupe repoussée au-delà de l'âge habituel ;
• îlot de sénescence : arbres non exploités, qu’on laisse mourir naturellement sur pied,; 
• libre évolution : peuplement sans aucune intervention humaine.

Associée à la régénération naturelle (renouvellement spontané par les graines des arbres existants), la futaie irrégulière permet des prélèvements ciblés et progressifs. Sans coupe rase, elle préserve le sol et un couvert boisé permanent, avec des arbres d'âges et de tailles variés, une sylviculture « douce », centrée sur la qualité du bois, mais limitée à certains types de sols.  


Erwin Ulrich, pilote de la mission « adaptation des forêts au changement climatique » à l’ONF

Désormais, les forestiers doivent faire passer la résilience des forêts avant la productivité.  
Erwin Ulrich, pilote national de l'adaptation des forêts au changement climatique à l'ONF

Expérimenter avec prudence, intervenir avec finesse

La connaissance des arbres et des sols est encore parcellaire. L’observation sur le terrain est donc clé pour comprendre et suivre l’évolution des forêts. C’est tout le sens de la création, en juillet 2023, de l’Observatoire des forêts françaises. Les espaces laissés en libre évolution (affranchis de toute intervention humaine) peuvent servir à observer la migration naturelle de la forêt.

Il s’agit d’accepter de gérer la forêt avec un fort degré d’incertitude. Ceci implique une approche prudente et adaptative, un suivi rigoureux, en lien avec la recherche ainsi qu’un partage des réussites et des échecs. Le principe de précaution doit prévaloir pour les expérimentations comme la migration assistée, qui consiste à tester sur certaines parcelles, l’acclimatation d’essences adaptées à des climats plus chauds et secs. Les risques de mal-adaptation ou d’invasion biologique ne sont pas exclus, notamment s’agissant de l’implantation d’espèces exotiques, souligne le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) dans ses notes 2024.

Pas de solution miracle. Gérer la forêt implique de recourir à un ensemble de solutions complémentaires, les plus adaptées aux écosystèmes forestiers des territoires concernés et à leurs enjeux locaux. Le concept de « forêt mosaïque, prôné par l'Office National des Forêts (ONF) et ses partenaires,  s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Ce nouveau mode de gestion vise à assurer une résistance optimale des forêts, tout en maintenant la production de bois et les activités de loisirs. Une équation complexe à laquelle toutes les forêts françaises ou presque sont aujourd’hui confrontées.

La forêt mosaïque,
nouvelle ligne de conduite de l'ONF

 

Des îlots de vieillissement avec des arbres de plus de 200 ans, des zones humides, des zones "tests" de nouvelles essences, des zones de production de bois... la forêt mosaïque est un kaléidoscope de milieux forestiers pour augmenter la résilience face au changement climatique et la biodiversité ». Les plans de gestion précisent la distribution entre espaces non boisés, espaces boisés non exploités et espaces boisés exploités.

Ils le font déjà

Projetothèque

Forêt cévenole

Territoire
Occitanie
Mots clés
Sécheresses
Dépérissement forestier
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