Enneigement et glaciers : à quoi s’attendre et comment s’adapter ?
Le changement climatique transforme radicalement nos montagnes. Moins de neige, des saisons plus courtes, des glaciers qui reculent : les massifs français subissent de plein fouet les effets du réchauffement. Face à cette réalité incontournable, les acteurs de la montagne n'ont d'autre choix que de s'adapter et de réinventer leur façon d’habiter, de travailler et de produire sur ces territoires à l’ère du changement climatique.
-70%
du volume des glaciers alpins depuis 1850
(source : Météo France)
-1 mois
de neige dans les Alpes en cinquante ans
(Source : DGEC)
Jusqu'à - 40%
d'enneigement
en moyenne montagne en 2050
(source Météo France)
COMPRENDRE
Un manteau neigeux qui s'amenuise année après année
Les chiffres du Col de Porte, dans les Alpes du Nord à 1325 mètres d'altitude, sont sans appel : en trente ans, le site a perdu près de 40 centimètres d'épaisseur de neige hivernale moyenne, tandis que la température hivernale y a grimpé de plus de 0,9 °C. Dans les Alpes, on observe déjà une perte d'environ un mois de neige en moyenne depuis cinquante ans.
Cette tendance va s'amplifier de manière spectaculaire, du fait de la hausse des températures, selon le scénario tendanciel retenu par la France ( la trajectoire de réchauffement de référence ) à partir des prévisions du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Le mécanisme est simple : avec des températures plus élevées, les épisodes de pluie deviennent plus fréquents au détriment des chutes de neige, et la neige présente au sol fond plus rapidement.
D'ici 2050, dans une France à +2,7 °C, les massifs de moyenne et basse altitude perdraient environ deux mois d’enneigement (enneigement supérieur à 5 cm). À haute altitude, la saison d'enneigement raccourcirait d'environ un mois.*
À l'horizon 2100, dans une France à +4 °C, le bouleversement serait radical. À moyenne et basse altitude, la neige au sol deviendrait aléatoire, rarement présente plus d'un mois continu. À haute altitude, la saison d'enneigement se réduirait de deux mois. En dessous de 4000 mètres, les glaciers des Alpes pourraient disparaître et le pergélisol serait considérablement réduit.*
*par rapport à la période de référence 1976-2005.
L'enneigement ne disparaît pas d'un coup, mais se transforme : il arrive plus tard, repart plus tôt, et en dessous d'une certaine altitude, devient aléatoire
Marie Dumont | directrice du Centre d'études de la neige
Si les hivers peu enneigés se multiplieront, une forte variabilité persistera, d'une année à l'autre. Un hiver occasionnellement très bien enneigé restera possible, même si les vagues de froid extrêmes observées ces dernières décennies ne se reproduiront probablement pas au 21e siècle. Il n'y a qu'une chance sur dix qu'une vague de froid remarquable comme celle de février 2012 en Europe de l'Ouest survienne à nouveau d'ici 2100 (source : Météo France).
Des disparités selon les massifs
Si tous les indicateurs d’enneigement sont à la baisse sur tous les massifs, quel que soit le scénario d’émissions de gaz à effet de serre, il y aura de grandes disparités selon l’altitude, la géographie et l’exposition des pentes.

Un effet domino sur l'eau et les risques naturels
La montagne joue le rôle de "château d'eau" : en fondant progressivement au printemps et l'été, quand les pluies se font plus rares et la demande plus forte, le manteau neigeux alimente les cours d'eau. La réduction de l'enneigement participe donc à une baisse de la ressource en eau disponible au printemps et en été dans de nombreuses régions, avec des conséquences sur l'hydroélectricité, l'agriculture et l'ensemble des activités humaines.
Les risques naturels évoluent également : moins d'avalanches de neige poudreuse mais plus d'avalanches de neige humide, y compris en hiver, avec une hausse progressive de l'altitude atteinte par les avalanches. À haute altitude, le dégel du pergélisol et le recul des glaciers augmentent les risques d'éboulements. La faune et la flore de montagne, dépendantes de la présence hivernale de neige, subissent elles aussi ces bouleversements.
AGIR
Pour les stations de montagne, le principal défi est de se transformer face à cette réalité. Chaque territoire doit anticiper dès maintenant sa transition pour ne pas la subir, et surtout la co-construire avec ceux qui y vivent et y travaillent. Le temps du modèle unique est révolu. Chaque station doit se saisir de son avenir et inventer sa propre trajectoire d'adaptation, en transformant ses vulnérabilités comme ses atouts en nouvelles opportunités.
Sortir du "tout ski" : une nécessité économique
Le tourisme hivernal occupe une place centrale dans l'économie montagnarde, et la perte d'enneigement remet en question son modèle dominant. Pour les stations, le principal défi est de se transformer face à cette nouvelle donne. L'enjeu pour les territoires : sortir de l'hyper-dépendance au ski, de la spécialisation sur un lieu (la station) et une période (l'hiver), pour développer des territoires de vie attractifs à l'année.
Chaque station est appelée à élargir son offre touristique à une échelle géographique plus grande : activités de pleine nature, valorisation des patrimoines naturel et culturel, festivals... Certaines devront même réinterroger leur pertinence. Des acteurs invitent à "dépasser le mythe de la station qui sauve la montagne" et défendent l'idée d'une montagne à vivre, tournée davantage vers l'accueil de nouveaux habitants et le développement de services que vers la conquête de touristes venus du bout du monde.

Une transition complexe, à mener avec toutes les parties prenantes
Se transformer n'est pas simple : renoncer au ski faute de neige, trouver des modèles alternatifs, concilier les enjeux de court terme et long terme, traiter simultanément les questions écologiques, politiques, sociétales et économiques... autant d'arbitrages complexes à mener au plus près de la réalité locale. Cette adaptation appelle une gouvernance capable de prendre des décisions sur des intérêts divergents à des échelles de temps et de lieux différents, dans des cadres de concertation qui impliquent toutes les parties prenantes, habitants en tête.
En été, les montagnes attirent des citadins en quête de nature et de fraîcheur. Cette affluence accroît cependant les pressions sur les espaces fragiles et l'immobilier, créant des tensions avec les habitants permanents autour du pastoralisme et du logement.
Métabief : anticiper plutôt que subir
Dans le Jura, la station de Métabief illustre cette transition volontaire. Située entre 900 et 1400 mètres d'altitude, elle dépend à 50 % du ski alpin pour l'économie touristique du Haut-Doubs. En 2016, la station a engagé une réflexion sur le devenir de son modèle économique face aux enjeux climatiques. Les études ont révélé que d'ici 2030, la pratique du ski alpin serait compromise et ne survivrait que grâce à la neige artificielle, coûteuse financièrement et écologiquement.
Face à ce constat, le Syndicat Mixte du Mont d'Or, gestionnaire du site, a décidé de sortir du modèle "station de ski" d'ici 2030-2035. L'objectif : devenir une "station de montagne", en développant des activités telles que le VTT, la luge sur rails, ainsi que des activités touristiques liées à la nature et au patrimoine culturel. Ce choix d'une transition maîtrisée a été concerté avec les habitants et les professionnels du tourisme.

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Station de ski : quand la neige se fait rare
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Le changement climatique induit des situations de faible enneigement de plus en plus fréquentes ce qui perturbe les conditions d’exploitation de tous les domaines skiables. La poursuite du réchauffement dans les prochaines décennies continuera à réduire la fiabilité de l’enneigement (…)