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S’adapter au climat : les solutions sont dans la nature

Végétaliser les villes pour affronter la canicule, restaurer les prairies humides pour atténuer les crues : les "solutions fondées sur la nature" s'imposent progressivement comme une réponse aux bouleversements climatiques. Ces approches, qui misent sur les écosystèmes cumulent les avantages : efficacité climatique, préservation de la biodiversité et services rendus aux sociétés humaines.

-0.5 à -3°C

en ville, grâce aux zones humides

(source : Société nationale de protection de la nature, 2018)

-6 à -7 °C

en ville grâce à la présence d’une rivière 

(source : Ademe)

5 fois

moins cher de protéger

les milieux humides que de compenser la perte des services qu'ils rendent gratuitement

Comprendre

Une approche pour résister aux événements climatiques, tout en préservant la biodiversité

Les solutions fondées sur la nature (SfN) visent à protéger, restaurer et gérer durablement des écosystèmes pour répondre aux défis sociétaux, selon la définition de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en 2016. L'ambition : s'appuyer sur le fonctionnement même de la nature pour faire face simultanément à deux bouleversements : le dérèglement climatique et l'effondrement de la biodiversité.

Le principe repose sur un constat simple : une nature en bonne santé résiste mieux aux événements climatiques extrêmes tout en assurant des "services écosystémiques" indispensables. Capter le CO₂, purifier l'eau, polliniser les cultures : autant de fonctions vitales assurées par les rivières, forêts, prairies ou les milieux marins. Des écosystèmes aujourd'hui largement dégradés par l'activité humaine.

Rendre à une rivière ses méandres naturels permet par exemple d'absorber les crues tout en reconstituant des frayères pour les poissons. Restaurer des prairies marines sur le littoral crée un rempart naturel contre les tempêtes et des zones d'alevinages pour la pêche.

Replanter des haies dans les campagnes limite les sécheresses du sol, freine les inondations et offre refuge aux pollinisateurs.

Des solutions « douces » à combiner avec l’ingénierie classique

Nombre de SfN font référence à des pratiques qui existent déjà ; certaines depuis très longtemps. L’intérêt du concept réside donc moins dans la proposition de pratiques nouvelles que dans la valorisation de solutions existantes.

Face aux aléas climatiques, ces approches ‘douces’ vertes présentent souvent un meilleur rapport coût-bénéfice que les infrastructures "grises" traditionnelles. Plutôt que d'ériger une digue contre l'érosion côtière, planter des végétaux stabilise les dunes à moindre coût. Au lieu de multiplier les bassins de rétention qui assèchent les sols, désimperméabiliser permet à l'eau de s'infiltrer naturellement tout en rechargeant les nappes phréatiques. L’objectif est donc d’inverser la tendance actuelle pour considérer les SfN comme des alternatives à utiliser à la place ou en complémentarité des solutions grises.

Les SfN constituent également un garde-fou contre les "mal-adaptations" – ces fausses bonnes idées qui aggravent les problèmes. Les climatiseurs qui réchauffent l'air extérieur ou les barrages qui perturbent les écosystèmes aquatiques en sont des exemples.

Travailler avec la nature contribue aussi à atténuer le réchauffement climatique

Tourbières, étangs, marais, sols, forêts et océans... jouent un rôle clé pour nous protéger du changement climatique, en absorbant et en stockant le CO2 généré par l’homme. Les écosystèmes naturels représentent le plus grand potentiel d'élimination et de stockage du carbone. En particulier, le rôle des tourbières est méconnu : on estime qu’elles stockent entre 40 et 50% de carbone, c’est deux fois plus qu’une forêt de surface équivalente. Détruire une tourbière, c’est donc relâcher dans l’atmosphère du carbone accumulé depuis des milliers d’années ! Maintenir ou restaurer ces réservoirs naturels est donc décisif autant pour nous adapter aux changements du climat que pour les atténuer.

Préserver les zones humides permet d’absorber les crues en cas d’inondation et favorise la biodiversité. Autre avantage : stocker une grande partie des gaz à effet de serre.

Un cadre international qui se consolide

L’engouement récent pour la nature a pu conduire à des usages galvaudés du concept, présentant par exemple une infrastructure grise simplement végétalisée ou des mesures de compensation écologique comme des SfN. Toutes les actions étiquetées "vertes" ne produisent pas les bénéfices escomptés. D’où l’intérêt de fournir un cadre aux porteurs de projet.

Pour éviter les dérives, l'UICN a publié en 2020 le premier standard mondial sur le sujet, qui s'articule autour de huit critères et vingt-huit indicateurs. Cette norme a été révisée en octobre 2025 lors du Congrès mondial de la nature. Le standard est accompagné d’un guide et d’un outil d’autodiagnostic . Il permet d'évaluer la pertinence, la viabilité et les compromis éventuels d'un projet, depuis sa conception jusqu'à son suivi.

Une priorité politique en France et en Europe

L'hexagone a pleinement intégré cette approche dans ses politiques publiques. Le troisième Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC3) encourage explicitement le recours aux solutions fondées sur la nature, par exemple pour renaturer les villes et améliorer leur résilience, ou promouvoir l’approche « une seule santé ». La Stratégie nationale biodiversité 2030 fait de même, affirmant que la restauration écologique permettra de développer ces solutions au profit de la prévention des risques et de la protection des ressources en eau.

À l'échelle européenne, la Commission a adopté en juillet 2024 un règlement ambitieux sur la restauration de la nature. Objectif : restaurer 90 % des milieux dégradés d'ici 2050 (terrestres, marins et aquatiques). Un défi de taille quand on sait que 80 % des écosystèmes naturels européens sont aujourd'hui en mauvais état. Selon la Commission, les bénéfices économiques de cette restauration seraient huit fois supérieurs aux coûts (source : Analyse d'impact de la loi sur la restauration de la nature). Un plan national Agir pour restaurer la nature est en cours de construction pour décliner ce règlement en France.

Agir

Face au dérèglement climatique, les collectivités territoriales disposent d'une palette de solutions naturelles pour protéger leurs territoires. Mais attention aux pièges de la mal-adaptation : végétaliser ne s'improvise pas et nécessite une approche réfléchie, adaptée aux spécificités de chaque territoire.

A chaque territoire, ses solutions « vertes »

Les possibilités varient selon les contextes. Dans les villes, où les cœurs urbains enregistrent des écarts de 3 à 5°C avec la périphérie lors des canicules, les collectivités multiplient les initiatives de végétalisation. A Libourne, la cour d’école renaturée enregistre une baisse de 6° lors des pics de chaleur.

À Lyon, la requalification de la rue Garibaldi permet de réduire de 9°C la température de l'air lors des fortes chaleurs tout en récupérant les eaux pluviales

Face aux inondations qui se multiplient, l'idée d'une « ville éponge » gagne du terrain. Le principe ? Désimperméabiliser les sols pour laisser l'eau de pluie s'infiltrer là où elle tombe et éviter son ruissellement sur le sol. Les solutions techniques se diversifient : structures réservoirs enterrées, tranchées d'infiltration, noues paysagères, jardins de pluie, ou encore nouveaux revêtements poreux.

Dans les milieux agricoles, l'enjeu porte sur la préservation des récoltes face aux sécheresses et aux pluies irrégulières qui s’intensifient. L'agroécologie propose de diversifier les cultures, d'utiliser des variétés résistantes, de couvrir les sols de matière organique et de planter des arbres entre les parcelles pour créer de l'ombre et limiter l'érosion.

En forêt, la diversification des essences permet de lutter contre le dépérissement et de freiner la propagation des maladies. Sur le littoral, face à la montée des eaux, maintenir et préserver des barres sableuses, des cordons dunaires, des herbiers marins et des mangroves permet, grâce à l’accumulation de sédiments et l’effet de la végétation, d’atténuer les vagues et de ralentir les écoulements.

Avant tout, préserver plutôt que restaurer

Les espaces naturels en bon état constituent un patrimoine précieux : il est plus économique et écologique de les préserver que de devoir les restaurer. La reconstitution d'un écosystème fonctionnel exige du temps : il faut 20 à 30 ans pour que des arbres atteignent leur pleine efficacité écologique, et près d'un siècle pour produire seulement cinq centimètres de tourbe. De plus, restaurer des écosystèmes dégradés représente un défi majeur, tant financier que technique (par exemple, la décontamination et la reconstitution des sols avant végétalisation, les travaux de restauration hydromorphologique), avec des résultats soumis à aléas.

À titre d'illustration, protéger les milieux humides coûte 5 fois moins cher que de compenser la perte des services qu'ils rendent gratuitement (source ? )

Les pièges de la mal-adaptation : Quand végétaliser aggrave les dégâts

Attention aux projets de végétalisation trop rapides et à leurs effets contreproductifs sur le retrait-gonflement des argiles. Sur des terrains argileux exposés au RGA à proximité de maisons, routes ou pistes cyclables, cela peut aggraver les mouvements de terrain. L'action racinaire accentue la dessiccation tandis que l'apport d'eau peut provoquer un effondrement hydromécanique des sols. D'où la nécessité d'étudier soigneusement le contexte géotechnique avant de mettre en place ce type de projet.

Par ailleurs, planter des arbres en ville, assurer leur survie n’est pas si simple. Leurs bienfaits ne sont pas automatiques. Le maître-mot : respecter leurs besoins vitaux et miser sur la diversité. Longtemps présentée comme modèle, Berlin paie aujourd’hui ses plantations hâtives. Ses arbres dépérissent sous les sécheresses et canicules répétées. Manque de place pour les racines, bitume réverbérant la chaleur, absence d'eau de pluie évacuée vers les égouts : chaque année, la capitale est obligée d’abattre davantage d'arbres. En France, l’application Sésame aide les collectivités à choisir les espèces à planter, en recherchant le bon équilibre entre bénéficies et inconvénients.

Mobiliser la recherche pour tester et accélérer les solutions fondées sur la nature

Plusieurs programmes nationaux se déploient en France pour éprouver l’efficacité des solutions fondées sur la nature et partager les résultats. Le programme européen Life Artisan (16,7 millions d'euros sur huit ans) et Solubiod (44,2 millions sur neuf ans, 2023-2032) mobilisent collectivités et chercheurs. Le premier, piloté par l'Office français de la biodiversité, déploie les solutions sur le terrain. Le second, coordonné par l'Inrae et le CNRS avec plusieurs universités, teste et développe des innovations. Objectif commun : accroître la résilience des territoires face au changement climatique.

Un guide incontournable pour passer à l'action

Plus de 50 spécialistes ont compilé études et enquêtes pour créer un outil digital très pédagogique, étayé d’exemples reproductibles. Cette publication piloté par l'Office français de la biodiversité dans le cadre du programme Life Artisan existe en deux formats : une version « élu », qui permet à chacun en fonction de sa problématique d’accéder à un choix de solutions éprouvées et documentées (coûts estimatifs, aides disponibles, ressources clés, bénéfices). Une version technicienne qui détaille pas à pas la marche à suivre pour déployer ces solutions.

Ils le font déjà

Projetothèque

Documents incontournables

Nature4Cities

Auteur
Cerema
Nobatek / INEF4
Plante & Cité
Financement : Ce projet a reçu le soutien du programme d'innovation et de recherche de l'Union Européenn

Outils

Sésame

Le portail Sésame héberge les ressources liées au projet Sésame (Services écosystémiques rendus par les arbres, modulés selon l'essence) produites par le Cerema et ses différents partenaires dans le cadre des déclinaisons territoriales.

Plus fraîche ma ville

Le rapport du deuxième groupe du GIEC (2022) concernant l’adaptation au changement climatique confirme des craintes déjà établies : les canicules estivales seront plus fréquentes, longues et intenses et vont être le risque majeur en ville pour les décennies futures.

Oasis

Oasis permet de relier l’efficacité d’un ouvrage pour la maîtrise des évènements fréquents à un ou plusieurs paramètres de dimensionnement, sous la forme des résultats numériques ou graphiques.

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